Jeanne Routhier

 

XVI.      Jeanne Routhier n. 28-06-1920, religieuse à la Congrégation Notre-Dame le 19 août 1942, d. 28-11-2011 à l’Infirmerie NDBS, Montréal. Funérailles : 02 décembre 2011, Église N.D.-de-Grâce, Montréal. Sépulture : Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, Montréal.

 

 

 

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Née le 28 juin 1920, je suis la dernière d'une famille de 16 enfants, et j'ai été bien entourée de la tendresse de chacun(e).

 

Bien des souvenirs sont enregistrés dans ma mémoire.  J'ai en particulier souvenir des fins de semaine bien vivantes, de même des départs le lundi matin.  En effet, il y en avait toujours une ou deux qui étaient dans l'enseignement et elles partaient pour la semaine, ce qui m'attristait.  Chaque vendredi était une fête et nous savions en profiter avec les moyens et les activités bien simples de l'époque.

 

Et un certain lundi d'avril 1931, un événement vint assombrir notre vie paisible et sereine que savaient projeter nos parents.  Mon père et ma mère étaient partis en visite d'affaires à Sainte-Marie de Beauce, et mon père fut atteint de paralysie sur le voyage.  A l'époque, et par surplus, dans les centres ruraux, les médecins étaient à court de soins pour ces cas.  Ayant manqué de traitements appropriés, mon père fut ramené à la maison le soir même et la paralysie s'installa définitivement, à notre grande peine.  Je garde bien vivant le souvenir de mon père retenu au lit pendant cinq ans et cinq mois, et le dévouement inlassable de ma mère auprès de lui.

 

Cet événement bouleversa toute la famille et me marqua profondément.  Ne plus entendre papa jouer l'harmonium à la maison où, certains soirs, nous nous regroupions pour chanter, ne plus le voir ni l'entendre toucher l'orgue à la paroisse.

 

Et la vente de la ferme, sur laquelle nous avions grandi, s'ensuivit.  Et que d'autres arrachements.  J'avais alors dix ans. Ce fut l'apprentissage de la vie où nous sommes sans cesse confrontés à partager joies et peines.

 

Les années ont passé.  Papa est décédé un vendredi soir du début de septembre 1936.  Et ce fut mon tour d'aller chercher mon brevet d'enseignement.  En septembre 1938, je faisais mes débuts à l'école du rang Sainte-Marguerite où j'y enseignai deux ans.

Maman résidait à ce moment chez Germaine et Florian, et j'y demeurai, les fins de semaine, en 1939-40.

 

Et c'est en août 1940, que je quittai pour l'apprentissage de la vie religieuse au Noviciat de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, et où j'y fis profession le 19 août 1942.

Je fus très heureuse dans les différents champs d'action où je fus en contact avec les étudiants(es) au-delà de trente ans.

 

Et aujourd'hui encore, je suis heureuse de saisir l'occasion d'établir des contacts fréquents avec les nièces, neveux, amies, et anciennes élèves pour rester bien sensibilisée à la réalité, et pour entretenir des liens bien précieux qu'apporte l'amitié.

 

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Différents champs d'action

 

 

Pensionnat de Sorel                                                                                         1942-60

Enseignement

 

Collège Marguerite-Bourgeoys,                                                                         1960-61

Montréal

Études et enseignement

 

École Normale N.-D., Québec                                                                           1961-63

Enseignement

 

Sainte-Adèle                                                                                                    1963-64

Convalescence

 

École Normale N.D., Montréal                                                                           1964-65

Enseignement

 

Collège Mgr. Desranleau, Sorel                                                                         1965-66

Enseignement

 

École Normale N.D., Montréal                                                                           1966-69

Directrice des études

 

Institut Pédagogique, Montréal                                                                          1969-71

Adjointe à la Directrice

des études et des étudiantes

 

Université du Québec à Montréal                                                                       1971-86

Adjointe au Service du Registrariat

 

Maison mère de la C.N.D.,                                                                                1987-89

Responsable de l'Association des

Anciennes Élèves

Responsable du Bureau des études                                                                   1989-

 

Montréal, résidence Notre-Dame-de-la-Victoire                                                  2007

 

Montréal, infirmerie Notre-Dame-de-Bon-Secours                                               2009

 

De 1999 à 2007 tante Jeanne a résidé au 4120, avenue de Vendôme à Montréal.

 

À la paroisse Saint-Séverin de Beauce, une campagne rurale non loin du village, naissait, le 28 juin 1920, au foyer de Joseph Routhier et d’Elmire Nadeau, une petite fille, comme benjamine de seize enfants. Le lendemain, elle fut emmenée à l’église où le parrain, Arthur Lachance et la marraine, Félixine Langlois, la présentèrent au baptême qui lui fut administré par monsieur J. Delisle, curé de la paroisse. Elle prit le nom de Jeanne. Le jour de sa vêture religieuse, la jeune novice entendra avec émotion que le nom de Jeanne lui est conservé.

Quant vint le temps de se présenter à l’école, la benjamine de la famille dut suivre plusieurs de ses frères et sœurs sur le chemin qui menait à la connaissance. À onze ans, elle vécut une épreuve sensible : celle de voir son père cloué au lit par la paralysie. Pendant des années, elle put admirer le dévouement journalier de sa mère auprès du malade. Quant à elle, ses études élémentaires terminées, réfléchissant à la situation pénible que vivait la famille, elle songea qu’elle devait porter secours à sa mère, dans l’immédiat. Au bout de deux ans, elle eut la grande joie d’être accueillie au pensionnat de Sainte-Marie-de-Beauce. Jeanne se souvient avec gratitude de ce temps où on veilla à son progrès intellectuel et moral, en particulier par les bons offices de Mère Sainte-Marie-Adélia. Au terme de la dixième année. Elle obtint en 1938 le diplôme d’enseignement complémentaire français du Bureau des examinateurs. Commencèrent alors les premiers gestes d’une carrière d’enseignement qui allait se prolonger pendant plus de trente ans. Pour le moment, Jeanne, à son rang de benjamine, prend connaissance de la vie adulte au sein d’une famille nombreuse qui offre des situations diverses. Elle enseigne, elle voit ses frères et sœurs s’installer dans la vie et elle doit longuement réfléchir. Parmi les aînés, son frère est devenu rédemptoriste et ses deux sœurs, Mathilda et Lucienne se font religieuses à la Congrégation qu’elle-même a connue au pensionnat. L’une des deux, Mathilda, avait joué un rôle important en la préparant à sa première communion en 1927, et elle conserva toujours une place importante dans les années où elle-même vécut à la Congrégation. C’est en effet, comme sur une pente naturelle que Jeanne entreprit les démarches de son entrée à la Congrégation de Notre-Dame, chère à son cœur. Au seuil de ses vingt ans, elle vécut son Veni Creator à la grande Maison mère, le 18 août 1940.

Deux ans plus tard, la novice fera profession sous le nom de Sœur Sainte-Jeanne-Marie-de-la-Croix. Son premier champ d’enseignement sera le cours de Lettres-Sciences, au pensionnat Saint-Pierre de Sorel. Durant dix-huit ans, elle assumera les cours à différents degrés et les fonctions collatérales comme la direction de l’action Catholique et l’assistance à la direction de l’Amicale. En 1960, elle est nommée aux études à l’Institut pédagogique comme directrice des étudiantes.

C’est l’époque où les écoles normales vont être intégrées à l’université. En 1971, Jeanne est présente au carrefour et l’autorité administrative sollicite son aide pour la gestion des dossiers. Il s’agissait d’assurer aux étudiants dans des programmes de brevets des écoles normales, la possibilité de terminer ces programmes et d’obtenir les diplômes correspondants. Trois ans plus tard, elle sera appelée à analyser les dossiers des candidats au baccalauréat et, à partir de 1981, elle prend en charge la gestion des dossiers en général. Au moment de se retirer, après quinze ans de service, elle entendra souligner, outre la qualité de son travail, sa grande disponibilité, son souci de faire reconnaître la valeur des candidats, bref, des qualités d’attention humaine « dans une constante sérénité, signe d’une grande force intérieure. » De retour à des activités communautaires, Jeanne, après un an de ressourcement, accepte la direction du secrétariat des anciennes élèves de la CND. Puis, elle se chargera du Bureau des Études, retrouvant classeurs et dossiers pour redéployer ses ressources de chercheuse. Une compagne de labeur relève sa grande disponibilité et son travail de professionnelle au service des étudiants.

Quelle que fût son occupation, Jeanne vivait profondément sa mission d’enseignante. Elle fut un professeur de qualité. Entièrement donnée à ses élèves qui lui vouaient toute leur admiration. Elle vivait là une conviction de la famille Routhier, dont plusieurs générations ont enseigné. Rapide à exécuter ses décisions, elle le faisait sans bruit et avec conviction. Mais si l’occasion se présentait de rencontrer une compagne, une amie de travail ou du temps jadis, elle s’en réjouissait et on pouvait entendre son rire sonore. La vie lui avait fourni des amitiés qu’elle cultivait avec soin. De même donnait-elle une grande attention à ses compagnes par quelque charge communautaire. De là, peut-être, son apparence calme et retenue, reflet de son être entièrement mis au service de sa congrégation.

Texte de Sœur Denise Bergeron, CND

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